Je le savais que j’allais bloquer. Je me sens comme la débâcle printanière sur le fleuve. Plein de glace dans la tête, un gin and tonic en plein été. Je n’avance pas, paralysé par le vide. Devant moi, une feuille blanche qui tient à sa virginité. Je sors mon crayon favori, un Mont-Blanc, il va sans dire. Il faut ce qu’il faut, soyons futile et superficiel. Invitons les mots à prendre place par tous les moyens. Un petit verre de rouge, et le tour sera joué.

Drôle d’idée d’écrire sur l’inspiration. J’aurais présentement plus de facilité à écrire sur la transpiration ! Une bonne respiration, et c’est parti. Je commence par : « Je le savais que j’allais bloquer »… Dans ma tête, la suite allait venir aussi rapidement qu’une épidémie de gastro dans une garderie. Je dois admettre que le sujet est délicat et que dans quelques dizaines de mots, je devrai mettre un point final à cette chronique d’humeur qui ne me rend pas la vie facile.

Avoir la force et le courage d’aller jusqu’au bout et soutenir par quelque magie, ton intérêt, cher lecteur. Un mot à la fois. L’air de rien, la page se remplit lentement à coup de virgules, de points, de soupirs et de malentendus. Tout se tient, tant bien que mal, comme une tarte à la farlouche, un discours de Trump ou une résolution du premier de l’an. Tu dois précisément te demander : Ou s’en va-t-il avec ses skis ?  Je te  répondrai que ce n’est pas un hiver pour skier, surtout pas en ville et que, je te trouve bien impatient et sévère en mon égard.

Dans quelques minutes, tu auras terminé de me lire, et je sais que sur ton visage, on pourra entrevoir la désolation, le questionnement et même une lueur d’indifférence. Je sais, je sais comme disait Gabin. Je souhaiterais tant t’hameçonner dans mon délire et t’amener un peu plus haut, un peu plus loin. Hélas, je n’ai pas d’histoire à t’offrir, pas de refrain à ma  chanson et pas  de sucre dans ma confiture.

Encore quelques instants, puisqu’il le faut, donne-moi la main et descends dans ma finale, l’espace d’une ligne, le temps d’une mince consolation qui explique précisément un manque total d’inspiration. J’aurai tout donné, comme une Mère Teresa de la virgule, essoufflé et épuisé par cet exercice  singulier et inhabituel. C’est la première et surement la dernière fois que je t’emmène glisser sur le gazon en traîne-sauvage. On reste ami quand même ? J’ai totalement besoin de toi. Car c’est toi qui m’inspires vraiment. Tes histoires sont fascinantes. Elles valent infiniment mieux que les égarements d’un sexagénaire à la retraite. À la prochaine !