Je me souviens d’un Noël, je suis enfant, et dans ma Gaspésie lointaine, je compte les heures avant l’arrivée tellement souhaitée, du barbu joufflu.  Ma famille a déjà reçu une cinquantaine de cartes de Noël bien exposées sur le buffet de la cuisine. Chacune d’entre-elles raconte une histoire. Un village enseveli sous la neige, une église brillante dans la nuit, les rois mages coiffés d’or et d’argent, le petit renne au nez rouge qui court dans le ciel, bien attaché au carrosse du Père Noël. Chaque carte me parle de rêves, d’amour et de joie. Je ne sais pas encore lire et je demande à ma sœur la plus vieille de me révéler leurs secrets. La plupart des souhaits dans les cartes se terminent par : Le Paradis à la fin de vos jours ! Deux choses que je ne comprends pas : le paradis, et, la fin de mes jours. Un concept très abstrait pour un flo de 5 ans : le paradis, encore plus la fin de mes jours.

Pendant tout l’après-midi du 24 décembre 1956, alors que la neige tombe comme c’est pas permis, des queues d’écureuils, disait mon père, et que la maisonnée prépare le réveillon, de mon côté, les yeux fixés sur l’immense sapin illuminé, je fabrique « mon paradis ». J’ai toujours eu pas mal d’imagination, mais j’avoue que je me suis dépassé. J’avais apporté avec moi la plus belle des cartes, la plus grosse en tout cas.  Trois enfants de chœur la bouche grande ouverte. Ils chantent Noël, la joie et l’amour, je suppose. Ils sont dehors, les joues rouges, devant la crèche et ses personnages. En haut de la carte, brillante et affirmée, l’étoile des bergers.  Je le vois le paradis : une étoile imposante qui veille sur ma famille, des enfants heureux qui chantent la vie, une crèche jolie et chaleureuse, c’est ma maison, et plein d’animaux et de visite qui réchauffent le petit Jésus.

enfants-de-choeurLe paradis, c’est comme le bonheur : c’est souvent pas compliqué. Écoutons l’enfant en nous, il n’est pas si loin et ne demande qu’à s’exprimer. En cette période des fêtes, il est bon de prendre conscience de notre bonne étoile, de profiter de notre famille, de partager avec nos amis,  d’ouvrir nos cœurs à la visite… Donner, c’est encore le plus beau des cadeaux. Ce n’est pas un cliché, c’est vrai ! Faut pas attendre à la fin de nos jours, ça pourrait nous jouer des tours. Joyeux Noël et bon partage !