« Quand la vie te donne des citrons, fais de la limonade »! Cette expression populaire semble faite sur mesure pour l’Arrondissement du Sud-Ouest qui dans le cadre de son Plan de lutte à l’agrile du frêne souhaitait transformer cette problématique environnementale en œuvre d’art.

Impossible de ne pas l’avoir vue. Adjacente au métro Lionel-Groulx, l’œuvre massive est composée de 20 madriers érigés à quatorze pieds de haut. Ils sont alignés en suivant une structure de domino.

Freiner la chute a nécessité trois semaines de production intense pour travailler les matériaux.

« C’est très littéral et minimaliste, on ne sait pas si c’est une œuvre ou du design. C’est ambigu, les gens peuvent l’interpréter de différentes façons. La plupart des gens croient que ce sont des poteaux de clôture et ça me fait rire, rigole Phil Allard, l’artiste qui a remporté l’appel de projets. Même si les gens ne comprennent pas le geste artistique, ils voient la chute perceptible. Je prends des symboles communs pour passer un message. »

Plus de 2000 pieds linéaires de bois provenant d’arbres abattus sur le territoire du Sud-Ouest en 2016 ont été nécessaires pour fabriquer l’œuvre monumentale. L’artiste du Sud-Ouest est reconnu pour intégrer une forme de militantisme environnementale dans son travail. Freiner la chute représente par la métaphore de la forêt, l’hécatombe causée par l’insecte qui fait littéralement tomber les arbres, la catastrophe potentielle.

« En création, j’ai constaté les effets dévastateurs de l’agrile du frêne, explique Phil Allard. Dans certains morceaux, on voyait clairement les galeries creusées par les larves. Quand tu as les mains dedans tu t’en aperçois. Les morceaux ont été séché dans un séchoir pendant quatre mois pour s’assurer qu’il n’y a plus de vie à l’intérieur. »

Chaque madrier a été composé, construit, vissé. Volontairement, la quincaillerie utilisée est restée visible. Malgré l’apparence brute, la dureté et la lourdeur du bois ont donné du fil à retordre tout au long du processus de création.

INFILTRER L’ESPACE URBAIN
Le centre de diffusion d’art multidisciplinaire DARE-DARE est derrière la sélection et le développement du projet. Il y a longtemps que Phil Allard souhaitait collaborer avec eux. « Geneviève Massé de DARE-DARE m’a soutenu de A à Z, souligne-t-il. C’est un excellent centre d’artistes, ils infiltrent l’espace public comme peu le font. Il faut sortir du contexte habituel de l’art visuel pour être près des gens et qu’ils se l’approprient. »

En plus du frêne de Pennsylvanie, l’oeuvre est composé de tilleul à petites feuilles, érable argenté, érable de Norvège et de Chêne rouge.

Le membre des ateliers Jean Brillant ne craint pas le vandalisme qui découle parfois avec l’art public. Selon lui, l’œuvre devient un élément urbain en soi. Freiner la chute devrait être en place un an ou deux, dépendant des effets du gel et du dégel. « L’aspect éphémère c’est de notre époque. Tout se passe vite, dure moins longtemps. L’art éphémère s’inscrit dans ce mouvement perpétuel et ça me plaît », précise-t-il.

Gageons que la prochaine fois qu’on prendra le métro, notre regard sur ces immenses colonnes de bois sera bien différent !

Pour voir les autres projets de Phil Allard : www.all-art.ca