Albert Millaire enrichit le paysage culturel québécois depuis plus de 60 ans. Les plus jeunes le connaissent comme le docteur retraité de Mémoires Vives, les autres comme un grand acteur tant au théâtre qu’au cinéma et à la télé.

Dire que l’octogénaire se dédiait à la prêtrise ! Son destin a changé alors qu’il remporta la finale nationale du concours oratoire des collèges classiques de la province. Sa photo fit la une de La Presse. « Cette expérience m’a démontré simplement que j’étais heureux en public, se remémore-t-il. J’ai bifurqué de ma voie à ce moment-là. »

Sa carrière éblouissante a été ponctuée d’une panoplie de personnages, à qui il rend hommage dans son spectacle solo Mes amours de personnages par des extraits en lecture, de l’improvisation et de la poésie.

Armé seulement d’un verre d’eau et de quelques feuilles, Millaire revisite des personnages qu’il a joués. Il survole trois siècles, allant de Corneille à Voltaire, Molière, Mozart, Cyrano de Bergerac et plusieurs autres.

« C’est un show de style américain. On ne fait pas peur au monde avec du théâtre classique, au contraire, je m’arrange pour que ça soit très abordable, dit en riant le comédien chevronné. On peut aller là où on veut, on peut rêver, tout est permis. C’est toujours un peu autobiographique, je fouille dans les souvenirs et je partage avec le public. »

Son spectacle porte le même nom que son autobiographie. « Il y a des soirs où je m’emballe ! Je dois faire attention, il y a des moments qui sont faits pour des comédiens de 30 ans. Je n’ai plus le souffle, je me ménage un peu. Cependant, quand j’entre en scène, je rajeunis de 25 ans », ajoute-t-il rieur.

Chaque année, le comédien se dit qu’il va arrêter, prendre sa fameuse retraite. Mais dès qu’on lui propose de jouer, il accepte, réjoui. Le 24 et le 25 avril prochains, M. Millaire sera de passage au petit Outremont. Il est tombé en amour avec la salle style cabaret en allant entendre son amie Marie-Thérèse Fortin qui y chantait Barbara. Il adore ces endroits intimes où il connecte avec le public.

Lorsqu’on lui demande comment se porte le théâtre aujourd’hui, Albert Millaire est catégorique. «Le théâtre d’ici est très en santé. Il y a beaucoup de créations originales. Le seul bémol que je constate est qu’on boude souvent le répertoire mondial, précise-t-il. Il faut jeter un coup d’œil au théâtre européen et américain.»

Selon lui, le théâtre est l’enfant pauvre des arts de représentation, auquel seulement 3 à 4 % de la population prend part. « Ce 3, 4 % compte. C’est un geste intelligent d’aller au théâtre. Tous ensemble, on joue un jeu, on se laisse transporter dans un autre monde l’instant d’une représentation.

Millaire ne chômera pas durant les prochains mois. On le verra dans Mémoires Vives, où quatre générations se retrouvent sur le même plateau. Il dirige également le volet francophone au Théâtre du Lac Brome. Cet été, c’est Voltaire au programme.

Mes amours de personnages, 25 et 26 avril au petit Outremont, informations www.theatreoutremont.ca ou 514 495-9944 poste 1.